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Prière d’André Dumas

jeudi 6 septembre 2007

Notre Dieu, nous te demandons d’élargir l’espace de
nos tentes et de nos vies.
Nous te demandons d’avoir un coeur assez désin -
téressé de lui-même,
pour que beaucoup d’autres intérêts puissent y
nicher leur nid.
Nous souhaitons pouvoir cueillir, accueillir et
recueillir les êtres et les choses qui surviennent sur
nos chemins,
chanter avec ceux qui rient,
pleurer avec ceux qui souffrent,
songer avec ceux qui rêvent,
agir avec ceux qui transforment,
voir avec ceux qui montrent,
deviner avec ceux qui cachent,
marcher avec ceux qui se lèvent,
camper avec ceux qui s’arrêtent,
aller avec ceux qui courent,
souffler avec ceux qui récupèrent,
parler avec ceux qui échangent,
nous taire avec ceux qui font halte.
Nous souhaitons, ô Dieu, avoir un coeur au large,
un coeur en émoi et en ardeur, un coeur en arrêt et en
douceur.
Mais voici que nos tentes, nos coeurs et nos vies ont
tendance à se rétrécir, comme une robe qui a trop de
fois été à la lessive et dont la couleur se fane.
Voici que nous avons tendance et tentation de nous
réduire, de délaisser ce qui nous cause difficulté et
embarras, de nous calfeutrer dans un recoin étroit,
de crainte de ne pas savoir nous y prendre avec ce
qui est trop étranger à notre nature, trop dur pour
nos capacités, trop incertain dans ses résultats. Voici
que nous renonçons trop vite et que nos vies s’ame -
nuisent, comme une confiture desséchée.
Sérieusement, notre Dieu, nous te le demandons,
chaque jour, élargis-nous, pour que vieillir ne soit ni
s’endurcir, ni pourrir, mais sans cesse mûrir, avec la
pluie et soleil, avec la fleur et le fruit, avec les
racines et les branches.
Plante-nous comme des arbres, dans la terre de ta
création, vers le ciel de ta rédemption.
Plante nous comme du blé, qui pousse avec et malgré
l’ivraie, les orties et les pierres du chemin.
Plante nous comme un village au sommet d’une
colline, si bien que ses lumières balisent la plaine,
avec et malgré le vent, le brouillard et l’orage.
Plante-nous comme un olivier, qui scintille.
Plante-nous comme un bambou, dont la souplesse
devient du fer.
Plante-nous comme un cèdre, qui abrite et découpe
l’espace. Plante-nous comme un cyprès, qui s’affine
en oriflamme.
Plante-nous même comme un platane, qui bedonne
au long des routes et leur donne ombrage.
Plante-nous comme les arbres qui franchissent les
saisons et qui s’élargissent sans cesse, car « le
royaume de Dieu est comparable à une graine de
moutarde qu’un homme plante dans un jardin.
Elle pousse, elle devient un arbre, et les oiseaux du
ciel font leurs nids dans ses branches »